27 mai 2013

Amitié vs engagement politique

Visiblement, à la vue de mon vécu, ces dernières années, l’amitié a été contrarié par mon engagement politique.

Certes pas seulement : la sphère professionnelle a également contribué, par les difficultés engendrées (ma propre expérience), à réduire l’espace de partage amical autour de moi.

Mais c’est bien principalement l’opposition entre intérêt privé et action dans l’espace publique qui a le plus structuré mon éloignement des mécanismes de sociabilité classique, de tout un chacun.

Je ne regrette pas. Il y a eu des interruptions dans mon parcours engagé, et le vide spirituel laissé alors était trop grand, en ne remplissant mon existence que de ce que la plupart de nos semblables vivent pleinement, généralement, et qui est largement insuffisant pour moi : famille, ami(e)s, travail.

Je suis rappelé tôt ou tard par la réalité de mes indignations conjoncturelles. Cela quelles que soient mes « dérives » sentimentales, ou hasardeuses découvertes de plaisirs confortables et légitimes (le but à atteindre pour tous cela dit, en commun).

L’amitié dénature la neutralité et les principes de l’engagement. On va privilégier ses proches, se constituer une petite cours. Ce fonctionnement est à la base des mafias. De petits cercles égo centrés qui servent de démonstration de l’influence et de la force.

On m’objectera que l’amitié n’est que amour, et que tant que l’on ne fait pas l’inverse justement (tuer, trahir, par exemple), on est justement dans le vrai. L’amitié est vue comme indispensable, normative.

On me dira encore que la nature est d’aller vers les autres et partager des choses agréables. Il n’y a que les fous et les asociaux, ou les individualistes et ascètes qui vivent reclus sur eux même…

Hors, mon être est constamment ouvert vers le monde. Je ne me sens que rarement tourné vers un espace privé qui serait mien, avec mon entourage autour, bien délimité et circoncit à ceux qui le méritent.

J’ai trop souvent vu ce mécanisme de l’entre soi, à classer ses proches, les éjecter ou les honorer d’une confiance sacralisée.

Le symbole de l’amitié mal comprise, mais pas seulement. Aimer vraiment trois quatre personnes (moyenne classique), est forcément exclusif. Un phénomène saint, s’il n’est pas confronté à l’engagement.

Voilà donc ce qui dans l’amitié ne correspond pas à la pensée politique. Maintenant, je ne dis pas que ce sont deux aspects absolument inopérant en commun.

Je garde en tête que la nécessité fondamentale de l’existence est dans la rencontre de l’autre et l’amour que l’on se porte, ou sait susciter et entretenir.

Mais je ne suis pas obsédé par mon réseau de connaissance, à les fidéliser. Chacun pour moi appartient à une sorte d’humanité, ce qui nous relie.

D’ailleurs, l’efficacité mal comprise de l’engagement porte à s’entourer, comme un bon chef d’entreprise, de ses disciples, ou d’un noyau, en AG. Les uns ou les autres se renvoyant l’ascenseur.

Lumineux, et joyeux à priori. En réalité, un écart avec l’altruisme et l’altérité dans les décisions à entreprendre.

Je confirme que je ne suis pas épargné. Tout pousse à se comporter comme ce que l’on voit et propose unilatéralement, dans les systèmes organisés. Avec des moyens, clientélisme et amitié se confondent bien souvent d’ailleurs.

Je reviendrai sur ce sujet, en précisant qu’il m’arrive de vivre ces amitiés, assez longtemps. Et de me sentir assez serein quant aux aspects fondamentaux de ma vie privée.

Mais l’intérêt de cette analyse porte à préciser le caractère souvent absolu de l’engagement, éloigné par substance de termes affectifs singuliers et spécifiques, ou de caste.

C’est ce que je vois et pense de mes activités sociales propres (en liberté ou face à des restrictions et contraintes à dépasser).

Pour autant, la personne est sacrée, en tant que tel, comme ses liens, voulus et sincères. Et ma pensée ira certainement vers l’accomplissement de ce que d’autres ont d’emblée privilégié, leur jardin propre, à combler et chérir.

Est-ce que cela se confond, avec l’engagement, tel qu’il se manifeste ? Peut-être aussi, finalement. Mais d’une autre manière.

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