Désesp’ errence

Comme une boule de feu, sans l’envie de se faire marcher dessus constamment. A y retourner dès lundi. Esclave de notre temps, perdu dans l’immensité de la subordination. Le coeur assoiffé de vengeance au pire, de justice au mieux. A chialer, taper sur les murs, se péter le fémur, graviter sans lendemain, riche de sa haine, et pauvre de ses peurs. Ecorché vif, à faire son larbin jusqu’au bout de sa vie. Disparaître comme un chien. Pourchassé par l’oubli. Dramatique destin, funeste respiration illisible. La rage au ventre, à s’arracher les cheveux et combler le vide. Ils ne s’intéressent qu’à la réussite. Le pedigree sur les lèvres cadenassées, à ne plus pouvoir exulter sincèrement, sauf à tricher encore et encore.

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Silence, au travail !

Souvenir d’un de mes 40 taf assez exemplaire comme plein d’autres de l’aspect ubuesque de la prétention professionnelle en toute immoralité.

Celui-ci au siège national d’un organisme social pionnier dans le secteur de l’aide à la personne, en fédération, avec des origines historiques religieuses (des bonnes soeurs dévouées et l’esprit paternaliste). J’y bossais à l’accueil en pleine période de loi Borloo (libéralisant la domestication à domicile à tout crin, à l’américaine).

La directrice de com’, très perverse, et dont je dépendais m’avait un jour reçu dans son bureau pour me faire du pied, perdant 30 à 40 minutes de discussion inutile pour rien. Une distraction pour elle qui tranchait nettement avec le pourrissement constant de ma fonction, comme cela avait été le cas avec mon prédécesseur (il avait fini par partir, de mémoire).

Au passage, en charge progressivement des réservations de vols et billets de trains pour les cadres de l’association, j’ai vécu durement le suicide d’une collègue de la boite sous traitante avec laquelle je menais cette tache, m’y rendant de façon hebdomadaire. Elle était harcelée par ses supérieurs, des femmes bourrues, et je l’avais constaté, la voyant trembler régulièrement, à devoir exécuter quantité de choses en même temps. Une gestion au lance pierre, sous pression de clients démultipliés tout comme les procédures associées. Sa vie privée devait en pâtir, certainement via une flexibilité accrue de ses horaires. Se faire engueuler constamment frise plus que la manipulation en ce contexte minutieux.

Par ailleurs, j’avais des livraisons de palettes entières de packs d’eau à porter toutes les semaines dans une réserve au toit incliné, aucune ergonomie, tout en ne devant louper aucun appel téléphonique et répondre avant deux trois sonneries maximum (non essoufflé bien sur, avec une voix transparente). Un ou deux courriers de maires ulcérés, et rappels à l’ordre réguliers en menace pour te faire virer. Mes séquelles physiques de charges particulièrement lourdes soulevées dans le btp précédemment se réactivaient a fortiori (ce qui fut encore le cas lors d’emplois successifs – et je ne parle pas ici de produits toxiques inhalés en usine, dont l’un interdit à ma connaissance).

Durant toute une période nous avons vécu une psychose du personnel par rapport au bâtiment qui manquait de s’écrouler avec des travaux effectués à côté. Cela montrait l’aspect vétuste des murs avec des fissures apparentes un peu partout. Je me retrouvais avec un masque, longuement demandé, vu les nuages de poussières réguliers émanant de ce contexte (pour précision, je suis asthmatique). Et j’avais à subir les bruits de marteau piqueur, peu compatibles avec un standard téléphonique. J’avais pu parler avec des professionnels du chantier voisin (dont l’architecte ingénieur et même le patron) et ils tiraient la sonnette d’alarme vers moi, les ayant fait repérer la situation au rez de chaussée. Avec leur expertise informelle, et comme rien ne bougeait en interne malgré de multiples signalements et la peur comme l’indignation généralisées, j’ai rapidement décidé d’appeler l’inspection du travail. Suite à leur venue, ayant ainsi finalement pris au sérieux mes déclarations, le constat était accablant. Mais avec cela dit que quelques amendes possibles pour la structure en cause je crois. Du coup, la direction était comme en guerre pour retrouver le lanceur d’alerte. Ayant passé l’appel de mon poste, le responsable de la comptabilité a vite pu identifier la source. Des remerciements de quelques collègues, par ailleurs fourbes, n’ont pas suffit à me rassurer. Et la Rh m’a convoqué quelque temps plus tard pour engager une mesure de licenciement contre moi, avec des prétextes bidons de non professionnalisme. Pendant deux ans, cela ne les avait pas dérangé de me confier différents aspects en polyvalence à réaliser, mais tout à coup je devenais incompétent et éjectable.

Bien sur en fin de parcours, et sans que cela ne soit lié (le cas en amont), j’avais eu droit quotidiennement à des insultes mesquines d’un opérateur de la plateforme téléphonique dédiée aux services. Un petit protégé de la Rh via une de ses relations familiales, le garçon bodybuildé et à l’esprit quelque peu primaire. Je me voyais traité de « pd » à rallonge parce que je ne partageais pas son style vestimentaire décontracté, à fortiori vu ma fonction alors, que je ne parlais pas à sa manière ainsi comme un goujat des femmes (je vous passe les détails sexuels), et que sais je encore. Avec le raz le bol en ce contexte, j’ai prévenu ma n+1 qui grosso modo s’en foutait (tout en jouant alors également l’inverse, sa duplicité équivoque). En homme, on doit assumer virilement ce genre de gamineries. Cela se retournait contre moi et montrait une fragilité bien sur. Dans le même temps, je devais être tiré à quatre épingles, ne pas dépasser d’un mot des formules calibrées et signes cognitifs spécifiques – je disais un terme de travers, pas avec la bonne révérence, et cela devenait impardonnable – tout en étant décontracté ; et de l’autre donc me taper toutes sortes d’insultes de cour d’école, ainsi garder cela à ma seule discrétion. J’avais déjà bossé en usine et dans le btp notamment, le problème n’était pas de me faire respecter en gonflant le torse, peine perdue. En exécutant, quand tu dois fermer ta gueule, des gens peuvent bien profiter de toi et t’emmerder lourdement.

J’oublie a fortiori certains épisodes tous autant explicites, mais me revient à nouveau à l’esprit globalement cet énième manège lénifiant, et caractéristique du vice de la subordination au coeur du code du travail. Combien de métiers du bien être produisent le mal être en interne. Diverses expériences me l’ont confirmé. Belle hypocrisie, factice dévotion et absurdité dictée par le mensonge de base d’activités travesties par l’argent à la source, comme le pouvoir et statut que l’on y met pour exister en société. Il n’est pas ici question de compétence et bon sens, encore moins de dérives à la marge. C’est sous ce cadre de contraintes vénales, avec l’alibi de l’effort, tout le fondement de notre relation au monde qui est à reprendre. Sinon, l’on continuera de se jouer de com’ sur les évolutions sociales, à gommer les problèmes, rendre inaudibles encore et toujours les esclaves à bobo. Je ne parie pas sur une sortie de ce mécanisme, vu l’accroissement au contraire des possibilités de servitudes mondialisées et humaines. Mettre des dirigeants en tous milieux, partout est favorable justement au narcissisme comme à la méchanceté. Raison de plus pour dire et dénoncer l’horreur à l’oeuvre, la domination à tous les étages comme légitimée.

Quand le travail se confond avec l’avarice

Si on associe à chaque fois au mot travail‬, le fait de gagner de l’argent, alors on a mis au contre comme valeur l’avarice, et renoncé à la réciprocité comme base d’échanges sociaux.

Et si ne pas gagner de l’argent c’est être ‪‎inactif‬, alors seul compte et est valorisé la possibilité d’en avoir.

Matjules

24 janv 2014 – 18:21

L’horreur

Et voilà, j’ai signé pour tout ce que je déteste et qui me rend « fou ». Un poste de vendeur conseil.

Quand on est journaliste à la base, ça casse, de nouveau. Gérer une caisse, en distribution alimentaire. Pfff…

Le poste de chauffeur pour touristes en interim, parallèlement, est mis déjà quasiment de côté. Je ne peux être présent lundi à leur « formation », successivement à la session de recrutement que j’ai passé.

Puisse ce poste de vente durer le moins longtemps possible. Ce n’est pas moi. Je n’ai pas de rapport privilégié avec cette fonction (que je subi encore).

Je vais déprimer grave. Et me saloper la santé une nouvelle fois (pas de quoi s’assoir…). Pas le seul. Les prolos connaissent.

Condamnation éprouvée par une majorité, tenue à faire sien ce vide, et consumérisme pour les possédants, hiérarchiquement.

L’intellectuel, la réflexion, l’intelligence, l’autonomie, la créativité mis au placard, en suspend. C’est mal vu, a fortiori, et impossible. Liberté menacée. Je parle d’expérience, pour qui a des choses à vivre, pertinentes et le sait.

Des contraintes horaires classiques. Pas de planning d’avance, si ce n’est par semaine. Jamais deux jours de libres de suite. Aucunement possible donc de réserver ne serait-ce qu’un concert (généralement), prévoir un week end…

Toutes les opportunités pro’ ponctuelles intéressantes perdues, à cause de ce taf de merde (domestication). Une répétition de ce que je ne connais que trop bien.

Cantonné à l’inutile, le fortuit, méprisé car n’accédant pas à de vénérables activités indépendantes. Un désintérêt social environnant, réel, et logique. Tellement c’est con ce labeur tel qu’organisé/manigancé.

Mon « service civique », rendu à la société, je l’ai largement fait. Et on sait qui en profite, de cette aliénation pour à peine survivre. La vérité : ça me met dans la merde. Et m’y maintient. Autour, je ne peux pas faire plaisir. Une constante.

Tout ca parce que ces connards des medias font de la com’ et mettent en competition, selon des critère d’excellence, comme partout. Une structuration/système morbide, généralisé, à l’avantage des plus tordus, progressivement.

Je hais ce monde là ! Ne parlons pas d’epanouissement et bonheur, sous ce prisme. Une aliénation, banale, constante. De laquelle je me détache dès que je peux. Pour réellement être utile, moi même, vivre, comme je peux.

A chaque fois, je signe mon esclavage. Je n’ai plus de temps pour cela. Et beaucoup mieux à faire, m’émanciper.

Ce qui était parfaitement mis en exergue lors de l’hommage à De Ponfilly. X créatifs, âmes libres sacrifiées sur l’autel du capitalisme, à mourir en supéret’ à la con, la sève dilapidée, le sens détruit, une négligence macabre à combattre.

La révolte est nécessaire, pour un confort réel : la considération et écoute de la personne, son droit à disposer de lui même. On fabrique l’inverse.

Et on dit bravo, encourage sur cette pente stérilisante. Un blasphème de l’humain, du bien être/savoir vivre et conscience. Le mensonge perfide de notre temps, en régression manifeste et constante.

Va au casse pipe et dis merci. La honte, ignoble, banalisée. Tellement mieux à faire, plus réel, vrai, essentiel. Ne passant pas par le cycle d’exploitation, ou cynisme de classes sociales fabriquées.

Temps compté pour m’en sortir. Précieux réveil, propre, qui pourrait disparaitre, et me livrer au néant de la bêtise, comme au silence impersonnel.